Démarche artistique

Questionner la capacité des femmes, quelles que soient leurs origines, à faire de la culture une force sensible.
Le travail de Kadjalli explore la figure féminine comme lieu de résistance, de mémoire et de transmission. Ses portraits montrent des femmes qui tiennent debout, dans une présence calme et frontale, où la dignité s’impose sans être démonstrative.
Les visages, volontairement épurés, concentrent l’attention sur le regard et la posture. Ils dialoguent avec des motifs culturels et symboliques qui inscrivent chaque figure dans un héritage, visible ou souterrain.
La couleur agit comme une force intérieure : elle ne décrit pas l’épreuve, mais ce qui persiste après elle.
Longtemps centrée sur des figures féminines africaines, sa recherche s’oriente aujourd’hui vers une exploration plus intime de son propre héritage alsacien.
À travers ces déplacements, son travail interroge la manière dont les femmes portent, transforment et réinventent les cultures qui les traversent. Ce déplacement n’est pas une rupture mais une continuité. Elle interroge, dans ces deux héritages, la manière dont les femmes portent l’histoire sans plier. Les motifs — africains hier, alsaciens aujourd’hui — ne sont pas décoratifs : ils inscrivent chaque figure dans une mémoire culturelle vivante. La couleur agit comme une énergie intérieure ; elle ne raconte pas l’épreuve, mais ce qui persiste après elle.
À travers ces portraits, elle cherche ce point de bascule où la culture devient une armure sensible, et où l’identité se réinvente.
« Kadjalli, une Mary Cassatt qui aurait rencontré Kiki de Montparnasse à Strasbourg et qui l’aurait accompagnée dans un périple au Mali, une Vigée Lebrun immergée dans la poésie de Malcolm de Chazal qui en aurait métissé la gente de l’histoire de l’Art et des cours européennes.
Sa peinture a les allants des œuvre de Ferdinand Desnos et des grands peintres naïfs du XXeme siècle si chers à Anatole Jakovsky, pourtant, emprunt d’une féminité à la fois engagée et sensuelle, telle l’écume, le vérisme de ses femmes exotiques nous targue par leur beauté, mais nous gifle par l’affirmation de leur for intérieur.
La séduction, un leurre, une entrée en matière, une invitation insistante, lancinante, gracile, à découvrir leur véritable nature ; faire fi de l’identitaire, revendiquer la transversalité des êtres par delà les mers et les préjugés. Bienvenue à Kadjalli, qu’elle nous embarque longtemps sur les rives des « Cytheres » universelles. »
Frédéric Roulette, 2024.